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hétéroclite, écoute le temps, la tête dans les étoiles, les pieds par dessus

 

 




175 Yuki-Onna
Lafcadio Hearn

Source : The Internet Sacred Text Archive
Traduction : Happy


Lafcadio Hearn (Koizumi Yakumo 小泉八雲)
(1850-1904)

Kwaidan 怪談 :
Histoires et études de choses étranges

Yuki-Onna — 雪女

 

DANS un village de la Province de Musashi (1) vivaient deux bûcherons : Mosaku et Minokichi. Au moment de cette histoire, Mosaku était un vieillard ; et Minokichi, son apprenti, était un garçon de dix-huit ans. Chaque jour, ils se rendaient ensemble dans une forêt située à deux lieues de leur village. Sur la route qui mène à cette forêt, il y avait une large rivière à traverser ; et il y avait un bac. On avait plusieurs fois construit un pont là où se trouve le bac ; mais le pont fut chaque fois emporté par une inondation. Aucun pont ordinaire ne peut en cet endroit résister au courant quand la rivière est en crue.

Mosaku et Minokichi retournaient au village par une nuit très froide, quand ils furent rattrapés par une violente tempête de neige. Parvenus au bac, ils constatèrent que le batelier était parti, laissant son bateau sur l’autre rive. Ce n’était pas un jour pour nager ; et les bûcherons s’abritèrent dans la hutte du passeur, — s’estimant chanceux de trouver un abri. Il n’y avait pas de brasero dans la cabane, ni aucun endroit où faire du feu : ce n’était qu’une hutte de deux tatamis (2), avec une seule porte, mais pas de fenêtre. Mosaku et Minokichi consolidèrent la porte, et s’étendirent pour se reposer, avec leur imperméable de paille sur eux. Au début, ils n’avaient pas très froid ; et ils pensaient que la tempête s’arrêterait bientôt.

Le vieil homme s’endormit presque aussitôt, mais le garçon, Minokichi, resta longtemps éveillé, écoutant l’horrible vent, et le cinglement continu de la neige contre la porte. La rivière grondait ; et la hutte tanguait et grinçait comme une jonque sur la mer. C’était une terrible tempête ; et l’air refroidissait d’instant en instant ; et Minokichi grelottait sous son vêtement de pluie. Mais enfin, malgré le froid, il s’endormit lui aussi.

Il fut réveillé par une volée de neige sur son visage. La porte de la hutte avait été forcée ; et, à la lueur de la neige (yuki-akari), il vit une femme dans la pièce, — une femme toute en blanc. Elle était penchée au-dessus de Mosaku, et exhalait son souffle sur lui ; — et son souffle était pareil à une fumée blanche et lumineuse. Presque au même moment elle se tourna vers Minokichi, et se baissa au-dessus de lui. Il essaya de crier, mais il vit qu’il ne pouvait émettre le moindre son. La femme blanche se pencha sur lui, de plus en plus bas, jusqu’à ce que son visage fût près de le toucher ; et il vit qu’elle était très belle, — mais ses yeux l’effrayèrent. Pendant un court moment elle continua de le regarder ; — puis elle lui sourit et murmura : — « J’avais l’intention de te traiter comme l’autre homme. Mais je ne puis m’empêcher de te prendre en pitié, — car tu es si jeune. . . . Tu es un joli garçon, Minokichi ; et je ne vais pas te faire de mal à présent. Mais si jamais tu parles à quiconque — même à ta propre mère — de ce que tu as vu cette nuit, je le saurai ; et alors je te tuerai. . . . Souviens-toi de ce que je te dis ! »

Sur ces mots, elle se détourna de lui et passa le seuil. Alors il vit qu’il pouvait bouger ; et il sauta sur ses pieds, et regarda dehors. Mais la femme n’était visible nulle part ; et la neige s’engouffrait furieusement dans la hutte. Minokichi ferma la porte, et la bloqua en appuyant plusieurs billes de bois contre. Il se demanda si c’était le vent qui l’avait ouverte ; — il pensa qu’il avait dû simplement rêver, et qu’il avait dû prendre par erreur le reflet de la neige dans l’embrasure de la porte pour la silhouette d’une femme blanche : mais il ne put en être sûr. Il appela Mosaku, et fut effrayé car le vieil homme ne répondit pas. Il avança sa main dans le noir, et toucha le visage de Mosaku, et sentit qu’il était de glace ! Mosaku était raide mort. . . .

À l’aube, la tempête avait cessé ; et quand le passeur revint à son poste, peu après le lever du soleil, il trouva Minokichi étendu sans connaissance à côté du corps gelé de Mosaku. Minokichi fut promptement soigné, et il revint bientôt à lui ; mais il demeura longtemps malade des suites de la froidure de cette terrible nuit. Il avait également été épouvanté par la mort du vieil homme ; mais il ne dit rien de sa vision de la femme en blanc. Dès qu’il fut rétabli, il retourna à son ouvrage, — partant seul chaque matin pour la forêt, et revenant à la tombée de la nuit avec des fagots, que sa mère l’aidait à vendre.

Un soir, au cours de l’hiver de l’année suivante, tandis qu’il rentrait chez lui, il dépassa une jeune fille qui se trouvait voyager par la même route que lui. C’était une grande fille mince, très avenante ; et elle répondit au salut de Minokichi d’une voix aussi agréable à l’oreille que la voix d’un oiseau chanteur. Alors il fit route à ses côtés ; et ils engagèrent la conversation. La fille dit qu’elle s’appelait O-Yuki (3) ; qu’elle venait de perdre ses deux parents ; et qu’elle allait à Yedo (4), où elle avait quelques parents modestes, qui pourraient l’aider à trouver une place de servante. Minokichi fut bientôt séduit par cette étrange jeune fille ; et plus il la regardait, plus elle lui paraissait belle. Il lui demanda si elle était déjà fiancée ; et elle répondit, en riant, qu’elle était libre. Puis, à son tour, elle demanda à Minokichi s’il était marié, ou s’il avait promis de se marier ; et il lui dit que, bien que n’ayant à subvenir qu’aux besoins de sa mère, qui était veuve, la question d’une « honorable belle-fille » n’avait pas encore été soulevée, car il était très jeune. . . . Après ces confidences, ils marchèrent longtemps sans parler ; mais, comme dit le proverbe, Ki ga areba, me mo kuchi hodo ni mono wo iu : « Quand on a quelque chose en tête, les yeux parlent aussi bien que la bouche ». Quand ils atteignirent le village, ils étaient devenus très contents l’un de l’autre ; et Minokichi pria O-Yuki de prendre un peu de repos chez lui. Après quelques timides hésitations, elle y alla avec lui ; et la mère de Minokichi lui souhaita la bienvenue et lui prépara un repas chaud. O-Yuki se comporta si gentiment que la mère de Minokichi se prit subitement d’affection pour elle, et la persuada de remettre à plus tard son voyage à Yedo. Et naturellement, le dénouement de cette affaire fut qu’O-Yuki n’alla jamais à Yedo. Elle resta à la maison, en tant qu’« honorable belle-fille ».

O-Yuki se révéla une excellente belle-fille. Quand la mère de Minokichi vint à mourir, — quelque cinq ans plus tard —, ses dernières paroles furent des paroles d’affection et d’éloge pour la femme de son fils. Et O-Yuki donna dix enfants à Minokichi, garçons et filles, — tous beaux enfants, et très clairs de peau.

Les gens de la campagne trouvaient qu’O-Yuki était une personne merveilleuse, d’une nature différente de la leur. La plupart des paysannes vieillissent prématurément ; mais O-Yuki, même après avoir mis au monde dix enfants, paraissait aussi jeune et fraîche que le jour de son arrivée au village.

Une nuit, après que les enfants se furent couchés, O-Yuki cousait à la lumière d’une lampe de papier ; et Minokichi, qui la regardait, lui dit : —

« Te voir là, cousant, avec la lumière sur ton visage, me fait penser à une chose étrange qui s’est produite quand j’étais un garçon de dix-huit ans. J’ai vu quelqu’un d’aussi beau et d’aussi blanc que tu l’es en ce moment — en fait, elle était tout à fait comme toi. » . . .

Sans lever les yeux de son ouvrage, O-Yuki répondit : —

« Parle-moi d’elle. . . . Où l’as tu vue ? »

Alors Minokichi lui parla de la terrible nuit dans la cabane du passeur, — et de la Femme Blanche qui s’était penchée sur lui, en souriant et murmurant, — et de la mort silencieuse du vieux Mosaku. Et il dit : —

« Endormi ou éveillé, c’est la seule fois que j’ai vu un être aussi beau que toi. Bien sûr, elle n’était pas un être humain ; et j’avais peur d’elle, — très peur, — mais elle était si blanche ! . . . En fait, je n’ai jamais su si c’était un rêve que j’avais fait, où si c’était la Femme de la Neige. » . . .

O-Yuki jeta sa couture à terre, et se leva, et se pencha au-dessus de Minokichi là où il était assis, et lui hurla à la face :

« C’était moi — moi — moi ! Yuki c’était ! Et je t’avais bien dit que je te tuerais si jamais tu en disais mot ! . . . Mais pour ces enfants qui dorment, je ne te tuerai pas en ce moment ! Et maintenant tu ferais mieux de prendre très, très bien soin d’eux ; car si jamais ils ont quelque raison de se plaindre de toi, je te traiterai comme tu le mérites ! » . . .

Bien qu’elle criât, sa voix devint fluette, comme un plainte du vent ; — puis elle fondit en une brume blanche et lumineuse qui s’effila en montant vers les poutres du toit, et s’évanouit dans un frémissement par le trou à fumée. . . . Jamais plus on ne la revit.


(1) Musashi : à quelques kilomètres à l’ouest de Tôkyô.
(2) C’est-à-dire avec une surface au sol d’environ 3m².
(3) Ce nom signifie « Neige », et il n’est pas rare.
(4) Yedo, ou encore Edo : l’ancien nom de Tôkyô.

happy   dans   Nippon    Samedi 15 Août 2009, 16:54

 



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