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hétéroclite, écoute le temps, la tête dans les étoiles, les pieds par dessus

 

 




187 Hôrai
Lafcadio Hearn

Source : The Internet Sacred Text Archive
Traduction : Happy


Lafcadio Hearn (Koizumi Yakumo 小泉八雲)
(1850-1904)

Kwaidan 怪談 :
Histoires et études de choses étranges

Hôrai — 蓬莱

 

VISION bleue de la profondeur perdue dans la hauteur, — la mer et le ciel s’entremêlant à travers la brume lumineuse. Le jour est printanier, et l’heure matinale.

Seuls le ciel et la mer, — une unique énormité d’azur. . . . À l’avant-plan, des ondulations captent une lumière argentée, et des fils d’écume tourbillonnent. Mais un peu plus loin aucun mouvement n’est visible, ni autre chose que la couleur : le bleu sombre et chaud de l’eau s’élargissant au loin pour se fondre dans le bleu de l’air. D’horizon il n’y a pas : seule la distance s’enfonçant dans l’espace, — concavité infinie se creusant devant vous, et s’arquant immensément au-dessus de vous, — la couleur s’approfondissant avec la hauteur. Mais loin dans le bleu à mi-chemin est suspendue une faible, faible vision de tours de palais, avec de hauts toits cornus et courbés comme des lunes, — quelque ombre d’une splendeur étrange et ancienne, illuminée par un soleil doux comme la mémoire. . . .

Ce que j’ai tenté de décrire ainsi est un kakémono, — c’est-à-dire, une peinture japonaise sur soie, suspendue au mur de mon alcôve, — et son nom est Shinkirô, qui signifie « Mirage ». Mais les formes du mirage sont sans équivoque. Ceux-là sont les portails scintillants de Hôrai la sainte, et ceux-là sont les toits lunaires du Palais du Roi-Dragon ; — et leur manière (quoique illustrée par un pinceau japonais d’aujourd’hui) est la manière chinoise, d’il y a vingt-et-un siècles. . . .

 

Ainsi, beaucoup de choses sont dites de ce lieu dans les livres chinois de l’époque : —

À Hôrai il n’y a ni mort ni douleur ; et il n’y a pas d’hiver. Les fleurs en ce lieu jamais ne se fanent, et les fruits jamais ne manquent ; et si un humain goûte de ces fruits ne serait-ce qu’une fois, il ne peut plus jamais ressentir la soif ni la faim. À Hôrai croissent les plantes enchantées So-rin-shi, et Riku-gô-Aoi, et Ban-Kon-tô, qui guérissent toutes sortes de maladies ; — et il y pousse aussi l’herbe magique Yô-shin-shi, qui redonne vie aux morts ; et l’herbe magique est irriguée par une eau féérique dont un seul verre confère la jeunesse perpétuelle. Les gens de Hôrai mangent leur riz dans de très, très petits bols ; mais jamais le riz ne diminue dans ces bols, — combien qu’on en mange, — jusqu’à ce que le mangeur n’en désire plus. Et les gens de Hôrai boivent leur vin dans de très, très petites tasses ; mais aucun humain ne peut vider l’une de ces tasses, — si goulûment qu’il boive, — avant que ne s’empare de lui l’agréable somnolence de l’ivresse.

 

Tout cela, et plus encore est dit dans les légendes de l’époque de la dynastie Shin. Mais que les personnes qui ont écrit ces légendes aient jamais vu Hôrai, même dans un mirage, ce n’est pas crédible. Car vraiment il n’y a pas de fruits enchantés qui laissent le mangeur à jamais satisfait, — ni d’herbe magique qui fasse revivre les morts, — ni de fontaine d’eau féérique, — ni de bols de riz qui jamais ne manquent de riz, — ni de tasses qui jamais ne manquent de vin. Il n’est pas vrai que la douleur et la mort n’entrent jamais à Hôrai ; — ni vrai qu’il n’y a pas d’hiver. L’hiver à Hôrai est froid ; — et les vents mordent jusqu’à l’os ; et l’amoncellement de la neige est monstrueux sur les toits du Roi-Dragon.

Néanmoins, il y a des choses merveilleuses à Hôrai, et la plus merveilleuse de toutes n’a été mentionnée par aucun écrivain chinois. Je veux parler de l’atmosphère de Hôrai. C’est une atmosphère particulière à l’endroit ; et, à cause de cela, le soleil est à Hôrai plus blanc que tout autre soleil, — une lumière laiteuse qui jamais n’éblouit, — étonnamment claire, mais très douce. Cette atmosphère n’est pas de notre période humaine : elle est extrêmement ancienne, — si ancienne que j’ai peur quand j’essaie de penser à l’âge qu’elle a ; — et ce n’est pas un mélange d’azote et d’oxygène. Elle n’est pas du tout faite d’air, mais d’esprit, — la substance de quintillions de quintillions de générations d’âmes fondue en une immense transparence, — les âmes des personnes qui pensèrent de manières qui jamais ne ressemblèrent aux nôtres. Tout mortel qui inhale cette atmosphère reçoit dans son sang l’exaltation de ces esprits ; et ils changent en lui ses perceptions, — remodelant ses notions de l’Espace et du Temps, — pour qu’il puisse voir seulement comme ils voyaient, sentir seulement comme ils sentaient, et penser seulement comme ils pensaient. Doux comme le sommeil sont ces changements du sens ; et Hôrai, perçue à travers eux, pourrait être ainsi décrite : —

 

— Parce qu’à Hôrai on ne connaît pas de grand mal, le cœur des gens ne vieillit jamais. Et, du fait qu’ils sont toujours jeunes de cœur, les gens de Hôrai sourient de la naissance jusqu’à la mort — sauf lorsque les Dieux envoient la tristesse parmi eux ; et alors les visages sont voilés jusqu’à ce que la tristesse s’en aille. À Hôrai tous les gens s’aiment et se fient les uns aux autres, comme si tous étaient membres d’un même foyer ; — et le langage des femmes est pareil à un chant d’oiseau, parce que leur cœur est léger comme les âmes des oiseaux ; — et le balancement des manches des jeunes filles qui jouent semble un battement d’ailes larges et souples. À Hôrai rien n’est caché, sauf le chagrin, car il n’y a aucune raison d’avoir honte ; — et rien n’est mis sous clef, car il ne pourrait y avoir de vol ; — et de nuit aussi bien que de jour les portes restent débarrées, parce qu’il n’y a pas de raison d’avoir peur. Et parce que les gens sont des fées — quoique mortels — toutes choses à Hôrai, à l’exception du Palais du Roi-Dragon, sont petites et charmantes et étranges ; — et ce peuple de fées mange vraiment son riz dans de très, très petits bols, et boit son vin dans de très, très petites tasses. . . .

 

— Une grande part de cette semblance serait due à l’inhalation de cette atmosphère spirituelle — mais pas toute. Car l’envoûtement forgé par les morts est seulement le charme d’un Idéal, la fascination d’une ancienne espérance ; — et quelque chose de cette espérance a trouvé son accomplissement dans de nombreux cœurs, — dans la simple beauté de vies désintéressées, — dans la douceur de Femme. . . .

 

— Des vents maléfiques venus de l’Ouest soufflent sur Hôrai ; et l’atmosphère magique, hélas ! fait retraite devant eux. Elle ne subsiste aujourd’hui que dans des îlots, et des bandes, — comme ces longues bandes nuageuses brillantes qui s’attardent au travers des paysages des peintres japonais. Sous ces lambeaux de la vapeur elfique vous pouvez encore trouver Hôrai — mais pas ailleurs. . . . Rappelez-vous que Hôrai est aussi appelée Shinkirô, qui signifie Mirage, — la Vision de l’Intangible. Et la Vision s’estompe, — pour ne plus jamais réapparaître sauf dans les images et les poèmes et les rêves. . . .


happy   dans   Nippon    Lundi 31 Août 2009, 07:06

 



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