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77 Krishnamurti — Se libérer du connu 1-b
Se libérer du connu

Jiddu Krishnamurti (1895-1986)

Se libérer du connu

(Stock / Le Livre de Poche)
(« Freedom From The Known »,
traduit de l’anglais par Carlo Suarès).

<— Se libérer du connu : 1-a

1-b

La question de savoir s’il existe un Dieu, une Vérité, une Réalité (selon le nom qu’on veut lui donner) ne peut jamais trouver de réponse dans des livres, chez des prêtres, des philosophes, ou des Sauveurs. Personne et rien ne peut répondre à cette question si ce n’est vous-mêmes, et c’est pour cela que la connaissance de soi est nécessaire. Manquer de maturité c’est manquer de se connaître. Se connaître est le début de la sagesse.

Et qu’êtes-vous ?... Ce vous individuel, qu’est-il ? Je pense qu’il y a une différence entre l’être humain et l’individu. L’individu est une entité locale, qui vit dans tel pays, qui appartient à telle culture, à telle société, à telle religion. L’être humain n’est pas une entité locale. Il est partout. Si l’individu n’agit que dans un coin du vaste champ de la vie, son action n’aura aucun lien avec la totalité. Veuillez donc tenir présent à l’esprit que ce dont nous parlons est la totalité, non la partie, car dans le plus grand est le plus petit, mais dans le plus petit, le plus grand n’est pas. L’individu est cette petite entité, conditionnée, misérable et frustrée, que satisfont ses petits dieux et ses petites traditions, tandis que l’être humain se sent responsable du bien-être total, de la totale misère et de la totale confusion du monde.

Nous, les êtres humains, somme ce que nous avons été pendant des millions d’années, colossalement avides, envieux, agressifs, jaloux, angoissés et désespérés, avec d’occasionnels éclairs de joie et d’amour. Nous sommes une étrange mixture de haine, de peur et de gentillesse ; nous sommes à la fois violents et en paix. Il y a eu un progrès extérueur depuis le char à bœufs jusqu’à l’avion à réaction, mais psychologiquement l’individu n’a pas du tout changé et c’est l’individu qui, dans le monde entier, a créé les structures des sociétés. Les structures sociales extérieures sont les résultantes des structures intérieures, psychologiques, qui constituent nos relations humaines, car l’individu est le résultat de l’expérience totale de l’homme, de sa connaissance et de son comportement. Chacun de nous est l’entrepôt de tout le passé. L’individu est l’humain qui est toute l’humanité. L’histoire entière de l’homme est écrite en nous-mêmes.

Veuillez, je vous prie, observer ce qui agit aussi bien en vous-mêmes qu’en dehors de vous, dans la société de compétition où vous vivez : une volonté de puissance, le désir d’acquérir une situation sociale, du prestige, un nom, la recherche du succès... observez les réussites dont vous êtes si fiers, le champ global que vous appelez vivre ; observez les conflits dans tous les domaines des relations, et la haine, la brutalité, les antagonismes, les guerres sans fin qu’ils provoquent. Ce champ, cette vie, est tout ce que nous connaissons ; et comme nous sommes incapables de comprendre l’énorme bataille de l’existence, nous en avons peur et essayons de nous en évader par toutes sortes d’artifices. Et nous avons peur, aussi, de l’inconnu, peur de la mort, peur de ce qui se cache au-delà de demain.

Ainsi, nous avons peur du connu et peur de l’inconnu. Telle est notre vie quotidienne, en laquelle il n’y a pas d’espoir et où toutes les philosophies, toutes les théologies ne sont que des évasions hors de la réalité de ce qui « est » en tout état de fait.

Les structures de tous les changements extérieurs qu’amènent les guerres, les révolutions, les réformes, les lois ou les idéologies, ont été incapables de modifier la nature profonde de l’homme, donc des sociétés. En tant qu’individus humains vivant dans la monstrueuse laideur de ce monde, demandons-nous donc s’il est possible de mettre fin à des sociétés basées sur la compétition, la brutalité et la peur. Posons-nous cette question, non pas comme une spéculation ou un espoir, mais de telle sorte qu’elle puisse rénover nos esprits, les rendre frais et innocents, et faire naître un monde totalement neuf. Cela ne peut se produire, je pense, que si chacun de nous reconnaît le fait central que nous, individus, en tant qu’être humains, en quelque partie du monde que nous vivions, ou à quelque culture que nous appartenions, sommes totalement responsables de l’état général du monde.

Nous sommes, chacun de nous, responsables de chaque guerre, à cause de l’agressivité de notre propre vie, à cause de notre nationalisme, de notre égoïsme, de nos dieux, de nos préjugés, de nos idéaux, qui nous divisent. Ce n’est qu’en nous rendant compte — non pas intellectuellement mais d’une façon aussi réelle et actuelle qu’éprouver la faim ou la douleur — que vous et moi sommes responsables de la misère dans le monde entier parce que nous y avons contribué dans nos vies quotidiennes et que nous faisons partie de cette monstrueuse société, de ses guerres, ses divisions, sa laideur, sa brutalité, et son avidité — ce n’est qu’alors que nous agirons.

Mais que peut faire un être humain ? Que pouvons-nous faire, vous et moi, pour créer une société complètement différente ? Nous nous posons là une question très sérieuse : est-il possible de faire quoi que ce soit ? Que peut-on faire ?... Quelqu’un pourrait-il nous le dire ? De soi-disant guides spirituels — qui sont censés comprendre ces choses mieux que nous — nous l’ont dit en essayant de nous déformer, de nous mouler selon certains modèles, et cela ne nous a pas menés loin ; des savants nous l’ont dit en termes érudits et cela ne nous a pas conduits plus loin. On nous a affirmé que tous les sentiers mènent à la vérité : l’un a son sentier en tant qu’Hindou, l’autre a le sien en tant que Chrétien, un autre encore est Musulman, et ils se rencontrent tous à la même porte — ce qui est, si vous y pensez, évidemment absurde.

La Vérité n’a pas de sentier, et c’est cela sa beauté : elle est vivante. Une chose morte peut avoir un sentier menant à elle, car elle est statique. Mais lorsque vous voyez que la vérité est vivante, mouvante, qu’elle n’a pas de lieu où se reposer, qu’aucun temple, aucune mosquée ou église, qu’aucune religion, qu’aucun maître ou philosophe, bref que rien ne peut vous y conduire — alors vous verrez aussi que cette chose vivante est ce que vous êtes en toute réalité : elle est votre colère, votre brutalité, votre violence, votre désespoir. Elle est l’agonie et la douleur que vous vivez.

La vérité est en la compréhension de tout cela, vous ne pouvez le comprendre qu’en sachant le voir dans votre vie. Il est impossible de le voir à travers une idéologie, à travers un écran de mots, à travers l’espoir et la peur.

Nous voyons donc que nous ne pouvons dépendre de personne. Il n’existe pas de guide, pas d’instructeur, pas d’autorité. Il n’y a que nous et nos rapports avec les autres et avec le monde. Il n’y a pas autre chose. Lorsque l’on s’en rend compte, on peut tomber dans un désespoir qui engendre du cynisme ou de l’amertume, ou, nous trouvant en présence du fait que nous et nul autre sommes responsables de nos pensées, de nos sentiments, et de nos actes, nous cessons de nous prendre en pitié. En général, nous prospérons en blâmant les autres, ce qui est une façon de se prendre en pitié.

Pouvons-nous donc, vous et moi, provoquer en nous-mêmes — sans aucune influence extérieure, sans nous laisser persuader, sans crainte de punition — pouvons-nous provoquer dans l’essence même de notre être une révolution totale, une mutation psychologique, telles que la brutalité, la violence, l’esprit de compétition, l’angoisse, la peur, l’avidité, et toutes les manifestations de notre nature qui ont construit cette société pourrie où nous vivons quotidiennement, cessent d’exister ?

Il est important de comprendre au départ que je ne cherche pas à formuler quelque philosophie, quelque concept, idée ou structure théologique. Il m’apparaît que toutes les idéologies sont totalement idiotes. Ce qui importe, ce n’est pas d’adopter une philosophie de la vie, mais d’observer ce qui a lieu, en toute vérité, dans notre vie quotidienne, intérieurement et extérieurement. Si vous l’observez de très près et si vous l’examinez, vous verrez que tout ce qui se passe est basé sur des conceptions intellectuelles ; et pourtant, l’intellect n’est pas toute la sphère de l’existence : ce n’en est qu’un fragment, et un fragment, quelque habile que soit son assemblage, quelque antique que soit sa tradition, n’est encore qu’une petite partie de l’existence, tandis que ce qui nous importe c’est la totalité de la vie. Lorsque nous voyons ce qui a lieu dans le monde, nous commençons à comprendre que ce n’est pas l’effet de deux processus, l’un extérieur, l’autre intérieur, mais qu’il n’existe qu’un seul processus unitaire, un seul mouvement entier, total : le mouvement intérieur s’exprimant en tant qu’extérieur et l’extérieur réagissant à son tour sur l’intérieur.

Être capable de regarder tout cela, me semble être la seule chose dont nous ayons besoin, car lorsque nous savons regarder, l’ensemble devient très clair et regarder n’exige ni philosophie ni maître. Il n’est guère utile qu’on vous dise « comment » regarder : regardez, et voilà tout.

Pouvez-vous, alors, voyant le tableau général de ce qui est, le voyant, non pas intellectuellement, mais en fait, pouvez-vous aisément, spontanément, vous transformer ? Là est le point essentiel : est-il possible de provoquer une révolution totale dans la psyché ?

* * *

Se libérer du connu : 1-c —>


happy   dans   Anthropos    Vendredi 19 Novembre 2004, 00:09

 


 


d ’ é c h o   e n   é c h o s

 

tgtg
tgtg
19-11-04
à 17:46

1  :-)

bonne question!!! ....

Happy
Happy
20-11-04
à 18:02

4  Re: :-)

Bonjour tgtg,
j'ai répondu à un commentaire d'ImpasseSud, c'est aussi ma réponse à ton commentaire, bref, mais clair.

ImpasseSud
ImpasseSud
20-11-04
à 12:39

2  Je n'aime pas ce genre de question,...

... surtout quand elle est posée de cette façon cynique, comme s’il y avait une autre réponse qu’une réponse négative. Pour le reste, rien de plus vrai. Pour ma part, je crois que dans la vie de l’"individu-être humain" il existe deux étapes fondamentales et inéluctables. La première où on croit qu’on peut changer le monde, la deuxième durant laquelle on ne peut que constater que l'homme ne fait aucun progrès et que la vie est la chose la plus irrationnelle et la plus injuste qui soit, malgré toutes ses beautés et les moments de bonheur qu'elle nous réserve. Le passage d’une étape à l’autre est variable selon les individus et en rapport direct avec l'ensemble des conditions de vie qu’implique le lieu de votre naissance, à quelques très rares exceptions près. Vu la précarité de ses conditions physiques et la complexité de son psychisme, l’être humain est la chose la plus absurde qui soit. C’est pour cela que je me retrouve dans le mythe de Sisyphe et dans l’ensemble des écrits de Camus. Quant à la "supportabilité" de la vie (dans la langue italienne, j’adore la porte largement ouverte aux néologismes, qui ne finissent pas forcément dans le dictionnaire mais sont tellement plus explicites), tout dépend des circonstances et des capacités de chacun d’entre nous de sauter sur une occasion ou de se mettre la tête dans le sable, au moment opportun ... comme le dit si bien PierreDesiles :-).... Ensuite, il suffit d'ajouter un "pizzico" d'incohérence... et le tour est joué :-))) Bien entendu, il ne s'agit là que d'un point de vue personnel...:-)

Happy
Happy
20-11-04
à 17:57

3  Re: Je n'aime pas ce genre de question,...

Bonjour tgtg, bonjour ImpasseSud.
 
ImpasseSud, il m'est difficile de répondre d'emblée à ton commentaire pour plusieurs raisons.
D'abord, il me reste à publier la fin du texte de ce premier chapitre. Je l'ai tapé hier soir, et je préférais attendre quelques jours avant de le publier, mais au vu de la qualité des personnes qui se sont senties concernées par ce texte, je vais sans doute le faire ce soir.
 
Ensuite, j'ai remarqué une chose vraiment particulière à propos de ce texte : quand je le relis, je ne retrouve ni l'attention ni la compréhension que j'en avais en le tapant.
Je crois sincèrement que ce texte nécessite qu'on le lise ligne à ligne, lentement, dans le calme et le silence, et en présence de soi-même, car il s'adresse à ce que nous avons de plus sérieux en nous, et de la manière la plus sérieuse : il prend nos interrogations au sérieux, et se propose non pas - surtout pas - d'y répondre à notre place, mais de nous aider à créer ou trouver en nous l'état (d'esprit, d'être, de présence... ?) qui nous permette de les aborder sans faux-fuyants, sans conclusions hâtives.
 
Krishnamurti s'adresse donc à notre part de sérieux, et de courage. Son intention première est de nous aider à prendre conscience de la manière dont nous fonctionnons psychologiquement, pas à travers des théories - des autorités, comme il dit -, mais en nous voyant fonctionner à l'instant même où nous fonctionnons.
 
Le fait que tu donnes une réponse à sa question, une réponse négative, est très intéressant du point de vue de la manière dont nous fonctionnons.
Nous sommes pris - tgtg, toi, Pierre, moi,  ... - dans un dilemme : nous sommes face à notre impuissance à changer quoi que ce soit dans ce monde, nous nous demandons s'il ne vaut pas mieux opter définitivement pour le comportement de l'autruche, mais, et c'est là le dilemme, nous n'arrivons jamais à nous résoudre à notre impuissance et nous ressentons toute fuite comme une désertion.
Nous nous sentons responsables : ce sentiment de responsabilité peut bien avoir des contours vagues, voire sembler irrationnel, il n'en est pas moins lancinant, il ne nous lâche pas, il nous colle à la peau et surtout à l'âme - et ce n'est assurément pas l'espoir d'un paradis ou la crainte d'un enfer qui provoque en nous ce sentiment ; nous ne cherchons pas à rendre des comptes à un dieu, mais à nous-mêmes.
 
Nous sommes insatisfaits, et toutes les réponses que nous avons pu donner à cette insatisfaction nous laissent encore insatisfaits, comme si elles n'avaient fait que nous alléger pour un temps d'un poids qui finit toujours par nous devenir insupportable : aussi, comme tu le dis, tantôt nous sautons sur une occasion, tantôt nous fermons les yeux, mais toujours nous sommes rattrapés par nos questions.
 
Krishnamurti nous invite à une connaissance de nous-mêmes lucide.
 
Il y a une sorte de coïncidence, de "synchronicité" avec le texte que tu as publié sur les "commandements" dans lequel le journaliste propose que nous apprenions d'abord à nous occuper de nous-mêmes, parce que "aimer son prochain comme soi-même", si on ne s'aime pas soi-même, c'est une catastrophe mortelle.
Nous voici en quelque sorte une nouvelle fois au pied du mur. L'urgence tambourine à notre porte, la réponse ne viendra pas dans la précipitation.
 
Je ne veux pas mobiliser votre attention sur ce texte, mais s'il peut ouvrir un débat amical, je crois que nous n'aurons pas perdu notre temps.
* * *
 
A propos des néologismes : pour moi, je considère que la langue française est vivante, qu'elle appartient à tous ceux qui la parlent, et que sa "vie" ne peut être confisquée par l'un ou l'autre : on dit bien "compréhensibilité", et si on dit "supportabilité", c'est parce qu'il est nécessaire de créer ce mot à ce moment : les outils de création que nous donne notre langue permettent de rendre compréhensible ce que nous voulons dire.
Petite note : tous les textes de Krishnamurti se trouvent dans la rubrique Jiddu, le premier en tête.



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