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121 Zhuang Zi — Nei Pian — Chapitre 2
Les Tablettes Intérieures

ZHUANG ZI — 莊子

LES TABLETTES INTÉRIEURES — 内篇


Deuxième chapitre
PROPOS VISANT À METTRE EN ORDRE LES ÊTRES ET LES CHOSES
卷一下 第二 齊物論

<— Chapitre 1. Sommaire Chapitre 3. —>

 

2.1

Nan Guo Zi Qi était assis appuyé contre un escabeau ; la tête levée vers le ciel, il exhalait doucement son souffle. Il semblait ailleurs, comme dédoublé. Yan Cheng Zi You qui lui tenait compagnie et se trouvait devant lui, l’interrogea :

— Où êtes-vous ? Est-il possible que vous preniez l’apparence de l’arbre sec et que votre cœur ne soit plus que cendres éteintes ? Celui qui s’appuie à présent contre l’escabeau n’est plus le même que celui qui était tout à l’heure dans la même position.

— Yan, répondit Zi Qi, n’est-il pas également excellent que vous me posiez la question ? Actuellement mon moi universel est en train de prendre congé de mon moi individuel ; le saviez-vous ? Si vous avez déjà entendu l’homme jouer de la flûte, vous n’avez toutefois jamais entendu la terre en jouer, et quand bien même vous l’auriez entendue, vous n’auriez toujours pas entendu les tubes musicaux du ciel !

— J’oserai vous demander ce qu’il en est, répliqua Zi You.

— Lorsque la terre, poursuivit Zi Qi, expulse bruyamment son souffle, on nomme cela le vent. En temps ordinaire celui-ci ne se lève pas, mais quand cela advient, les dix mille cavités entrent en fureur et se mettent à hurler. Seriez-vous le seul à n’avoir pas perçu leur long sifflement ? Les hauteurs sinueuses et les escarpements des montagnes et des collines, les arbres énormes, avec leur tronc mesurant cent empans de circonférence, possèdent des orifices, des ouvertures qui ressemblent à des narines, à des bouches, à des oreilles, à des yeux, à des chapiteaux creux, à des tasses d’une rondeur parfaite, à des mortiers, à des étendues d’eau insondable ou à des marais d’une moindre profondeur. Dedans, cela souffle avec impétuosité, cela siffle comme des flèches, cela gronde, cela renifle, cela crie, cela clame sa douleur, et certains cris sont graves et tenus, d’autres seulement une plainte. Ceux qui jaillissent en premier donnent le ton, ceux qui suivent leur répondent avec non moins de force. La brise trouve ses accords dans les cavités moindres, les tornades dans les cavités plus grandes. Quand la violence du vent est passée, toutes les cavités ne sont plus qu’un vide silencieux. Seriez-vous le seul à n’avoir pas opéré de distinction entre puissantes polyphonies et murmures ?

— Puisque les tubes musicaux de la terre, dit Zi You, sont constitués par l’ensemble des cavités, et seulement par elles ; puisque ceux dont l’homme joue proviennent du bambou, et seulement de lui, j’oserai demander ce qu’il en est des flûtes célestes.

— Les flûtes du ciel, répondit Zi Qi, émettent les dix mille sons en les différenciant de telle sorte que chacun devienne soi-même et que tous prennent en garde leur singularité propre. Quel autre être déclencherait leur fureur !

 

2.2

2.2.1

Le grand savoir prend en charge la vastitude, les savoirs moindres s’attachent aux vétilles. La grande parole embrase, les paroles moindres se perdent en bavardages. Celui qui dormait uni à son âme céleste, lorsqu’il s’éveille, ouvre son être ; viennent alors à sa rencontre afin de le lier, faisant du jour un combat pour le cœur, cachotteries, dissimulations, secrets. La moindre peur le rend triste et inquiet ; l’épouvante le paralyse. Qui lui décoche ses mots comme traits d’arbalète lui signifie qu’il l’a épié telle une proie pour l’atteindre ou le manquer ; qui se garde bien de lui parler, pareil en cela aux membres d’une quelconque société secrète lui signifie qu’il a conservé l’avantage sur lui. Ceux-là déclinent comme l’automne allant vers l’hiver, car les paroles jour après jour les détruisent ; cela même qui les a fait sombrer dans une telle entreprise ne peut leur premettre de revenir en arrière ; ils éprouvent des nausées, sont comme ligotés, car les paroles leur ont empoisonné le sang ; leur cœur touchant de près à la mort, ils ne peuvent retourner sur l’adret. Ils se réjouissent, se mettent en colère, provoquent tristesse ou joie ; ils s’inquiètent, émus soupirent, apeurés se tournent et se retournent ; ils batifolent, musardent, folâtrent, minaudent ; en voilà des musiques sorties du vide silencieux, en voilà des vapeurs devenues champignons ! jours et nuits se succèdent sans qu’ils aient la moindre notion de ce qui les a fait germer. Il suffit ! Assez ! Tôt ou tard, ils l’atteindront, ce qui est cause de leur vie.

2.2.2

En m’écartant de cela je perds mon moi individuel ; m’éloignant de mon moi individuel, je n’ai plus de prise sur rien. Il m’est évident que nous sommes proches, j’ignore cependant ce qui me pousse à advenir. Il semblerait qu’il y eût en moi pour me gouverner un authentique ministre. Néanmoins je suis singulièrement incapable de le suivre à la trace. Ma conviction repose sur ses actes mais lui, il reste inaperçu ; des faits confirment sa présence, cependant il n’a toujours pas la moindre apparence corporelle.

2.2.3

Les cent os, les neuf orifices, les six viscères forment un tout achevé qui a de la consistance. Avec lequel d’entre eux mon moi universel a-t-il le plus d’affinité ? Toi, tires-tu de tous du contentement ? L’un d’entre eux a-t-il ta préférence ? Sinon, sont-ils tous pareillement tes serviteurs ou tes concubines ? Ces serviteurs et ces concubines ne sont-ils pas capables de s’arranger les uns avec les autres ? Sont-ils à tour de rôle l’un prince et les autres sujets ? Ou bien parmi eux existe-t-il un vrai prince ? Que je cherche à atteindre sa réalité et que je n’y parvienne pas ne change rien à son authenticité, elle ne croît ni ne diminue.

2.2.4

Dès que l’on a reçu une forme définitive, on ne se transforme plus et on attend la fin. À l’égard des autres êtres et choses chacun use du tranchant de sa lame, chacun l’affûte, et on progresse dans ses actions comme le cheval au galop que personne n’a la force d’arrêter. N’y a-t-il pas là de quoi être triste ? Jusqu’au bout le corps ploie sous les tâches sans que le moindre succès soit en vue ; il s’affaiblit, n’est plus que lassitude, peine toujours sans connaître le lieu du retour. Est-il possible de ne pas éprouver de la pitié ? De ce que les humains appellent la non-mort, quels avantages retirent-ils ? Leur apparence change, et leur cœur avec. Est-il possible de ne pas affirmer que c’est là grande pitié ? La vie humaine finalement ne semble-t-elle pas obscure ? Si le moi individuel seul est frappé d’obscurité, alors l’homme ne l’est-il pas également ?

 

2.3

2.3.1

Or, on suit son propre cœur en ce qu’il a de déjà entier, on le prend pour maître — et qui d’ailleurs se passerait de maître ? À quoi bon connaître la modification si le cœur de lui-même, en s’en emparant, la maîtrise ? Le sot s’en accommode. Déclarer que son propre cœur n’est pas obstrué, que l’on distingue entre exactitude et erreur, équivaut à prétendre partir aujourd’hui pour Yue afin d’y arriver hier. Cela revient à prendre l’absence pour la présence. Que l’absence soit présence, malgré Yu devenu émanation, nul n’a le pouvoir de le savoir. Dès lors, comment le moi universel pourrait y remédier ?

2.3.2

La parole diffère du souffle émis, celui qui parle possède en propre sa parole ; ce dont il parle est singulier, n’a rien de défini à l’avance. Finalement possède-t-il en propre sa parole ? ou bien n’a-t-il pas encore goûté à ce qu’a en propre sa parole ? Pour la juger différente du pépiement d’un poussin, a-t-il la faculté de discerner, ou bien ne l’a-t-il pas ?

2.3.3

Quand donc la Voie s’est-elle obscurcie, laissant la place à l’authenticité et à la fausseté ? Quand donc la parole s’est-elle enténébrée, laissant la place à l’exactitude et à l’erreur ? Comment la Voie a-t-elle progressé pour ne plus subsister ? Comment la parole s’est-elle conservée pour ne plus être possibilité ? La Voie a été effacée à force de succès infimes, la parole a été perdue par l’abondance et le luxe des tournures. Il en a été ainsi avec les Lettrés et les adeptes de Mo Di ; ce que les uns considéraient comme exact, les autres le disaient erroné, ce que les uns affirmaient erroné, les autres le prétendaient exact. Au désir de soutenir comme étant exact ce qui est erroné, et comme étant erroné ce qui est exact, préférons l’illumination.

2.3.4

Les êtres et les choses ne s’écartent pas plus du ceci qu’ils ne diffèrent du cela. Ce qui à partir du cela demeure inaperçu, depuis le ceci est alors connu. C’est pourquoi il est dit : Le cela sort du ceci de même que le ceci s’appuie sur le cela si bien que le cela et le ceci croissent côte à côte. Quoi qu’il en soit, ce qui s’accroît d’un côté, de l’autre décline, ce qui d’un côté décline, de l’autre s’accroît ; ce qui d’un côté révèle ses possibilités, de l’autre montre ses impossibilités, ce qui d’un côté montre ses impossibilités, de l’autre révèle ses possibilités. Se fonder sur l’évidence équivaut à s’appuyer sur l’erreur, se conformer à l’erreur revient à suivre l’évidence. C’est pourquoi le sage n’emprunte pas un tel sentier, recevant sa lumière du ciel, il se repose sur elle.

2.3.5

Si le ceci est le cela, le cela est le ceci. Si le cela tient unies l’exactitude et l’erreur, le ceci le fait également. En fin de compte, y a-t-il un cela et un ceci ? ou bien n’y en a-t-il pas ? Le lieu où le cela et le ceci ne sont pas séparés l’un de l’autre s’appelle l’axe de la Voie. Son pivot s’enfonce dans la crapaudine pareille au disque de jade et la porte des rectitudes pivote sans cesse. L’exactitude est l’une de ses deux faces, et elle est sans cesse ; l’erreur est l’une de ses deux faces, et elle est sans cesse. C’est pourquoi il est dit : Mieux vaut avoir recours à l’illumination.

 

2.4

2.4.1

Se fonder sur le doigt pour comprendre la différence entre non-doigt et doigt n’équivaut pas à se fonder sur le non-doigt pour comprendre ce qui sépare le non-doigt du doigt.

Se fonder sur le cheval pour saisir la différence entre non-cheval et cheval ne revient pas à se fonder sur le non-cheval pour saisir ce qui sépare le non-cheval du cheval.

Le ciel et la terre ne sont qu’un doigt, les dix mille êtres et choses qu’un cheval.

2.4.2

La Voie lorsque l’on progresse sur elle se forme. Les êtres et les choses, lorsqu’on les nomme ainsi, surgissent. La possibilité a son origine, l’impossibilité la sienne. Le surgissement a son origine, le non-surgissement la sienne. Quand y a-t-il surgissement ? Quand le surgissement surgit du surgissement. Quand y a-t-il non-surgissement ? Quand le non-surgissement surgit du non-surgissement. Quand y a-t-il possibilité ? Quand la possibilité surgit de la possibilité. Quand y a-t-il impossibilité ? Quand l’impossibilité surgit de l’impossibilité. Finalement les êtres et les choses possèdent en eux ce qui les fait surgir, les êtres et les choses possèdent en eux ce qui les rend possibles. Sans quoi ils ne surgiraient pas, sans quoi ils n’auraient aucune possibilité. C’est pourquoi, par exemple, le brin d’herbe et la colonne, la scrofuleuse et la belle Xi Shi, l’étrange et l’extraordinaire, par la Voie s’interpénètrent pour ne former plus qu’un. Les êtres et les choses se séparant de l’unité s’accomplissent, s’accomplissant déclinent. Ainsi les choses et les êtres quels qu’ils soient, lorsqu’ils ne sont pas en train de s’accomplir ou de décliner, retournent à l’un.

2.4.3

Celui qui consent à pénétrer sait comment rejoindre l’un ; rejetant son pouvoir d’intervention dans l’utile, il habite la circonstance, se repose sur cela, c’est tout. Il va ainsi tout en ignorant la raison du surgissement, voilà ce qu’on appelle la Voie.

2.4.4

Concentrer au maximum son influx et employer toutes les ressources de sa clairvoyance pour parvenir à l’unité, sans reconnaître néanmoins ce qui en elle revient au même, se définit comme « trois le matin ». Pourquoi ? Quelqu’un, qui élevait des singes et voulait leur donner des châtaignes, leur dit : Vous en aurez trois le matin et quatre le soir. Unanimement les singes exprimèrent leur mécontentement. Il leur dit alors : Puisqu’il en est ainsi, vous en aurez quatre le matin et trois le soir. Unanimement les singes manifestèrent leur joie. Si dans l’affaire ni mots ni choses n’ont subi d’altération, contentement et colère ont trouvé à s’employer, et l’éleveur n’a fait que s’y conformer.

C’est pourquoi le sage, de même qu’il épouse les modalités de l’adhésion et du rejet, de même monte dans l’arbre du ciel et tourne avec lui. Tel est ce qui se nomme le double cheminement.

2.4.5

Parmi les hommes de l’antiquité, certains parvinrent au degré extrême de leur savoir. Jusqu’où allèrent-ils ? Ils sondèrent le temps où choses et êtres n’avaient pas encore commencé de se produire, estimèrent qu’ils étaient arrivés à destination, que c’était là la limite, qu’il leur était impossible d’en savoir plus. D’autres de moindre pouvoir sondèrent le moment où choses et êtres s’étaient produits mais n’avaient pas encore commencé à marquer de séparations. D’autres d’encore moindre pouvoir sondèrent l’instant où des séparations s’étaient formées mais où identité et altérité n’avaient pas encore commencé d’apparaître. En se manifestant sous les aspects les plus variés, identité et altérité ont détruit la Voie, et en provoquant la destruction de la Voie ont porté à son accomplissement l’amour électif. En fin de compte est-ce qu’un tel accomplissement et une telle destruction subsistent ? ou bien ne subsistent-ils pas ? Puisqu’ils subsistent, maître Zhao put pincer le luth ; sinon il ne l’aurait pu. Pincer le luth fut propre à Zhao Wen, prendre un bâton pour rythmer fut propre à Shi Kuang, discuter en s’appuyant contre un sterculier fut propre à Hui Zi ; c’était là l’art de chacun, peu s’en fallut que celui-ci parvînt à sa perfection ; voilà pourquoi ils s’y consacrèrent jusqu’à leurs derniers jours. Seulement ce qu’ils aimaient, chacun dans leur art, c’était éblouir les autres. Chacun, par ce qu’il aimait, désirait briller. Mais les autres refusaient ce qui en constituait le brillant et les forçait à plus d’éclat. Ainsi finit-on par s’enténébrer à force d’ergoter sur la dureté et la blancheur. Ainsi le fils de Zhao Wen qui perpétua le toucher de cordes de son père ne réussit-il jamais à s’accomplir. Est-il possible dans ces conditions de parler d’accomplissement ? Puisque seul leur moi individuel ne parvint pas à s’accomplir, parler d’accomplissement reste possible. Quand est-il alors impossible d’en parler ? Quand les choses et les êtres se confondent avec leur moi individuel, ils ne s’accomplissent plus. C’est pourquoi l’éblouissement qui est confusion et trouble, le sage le scrute. C’est dire qu’il rejette son pouvoir d’intervention dans l’utile et habite la circonstance ; tel est ce qui s’appelle recourir à l’illumination.

 

2.5

2.5.1

À présent si la parole porte sur le ceci, comment savoir si elle entretient un rapport avec l’universalité ? ou bien si elle est dénuée de tout rapport ? Si universalité et particularités s’accordent, si l’un s’accorde à l’autre de manière à constituer l’universalité, alors la parole s’accorde avec le cela et il n’est nulle séparation.

2.5.2

Puisqu’il en est ainsi, tâchons, s’il vous plaît, d’en parler. Il y a commencement, et avec lui ce qui n’a pas encore commencé de commencer, ce qui n’a pas encore commencé de ne pas avoir encore doublement commencé de commencer. Il y a présence, il y a absence, et avec elles ce qui n’a pas encore commencé d’être absent, ce qui n’a pas encore commencé de ne pas avoir encore doublement commencé d’être absent. Présence et absence ont-elles surgi, nul ne discerne encore dans le fruit qu’elles forment toutes les deux ce qui appartient à la présence et ce qui appartient à l’absence. Maintenant c’est là parole du moi individuel et personne ne sait encore si ce qui se nomme moi universel est présence ou absence de parole.

2.5.3

Si l’étendue sous le ciel n’est pas plus grande que la pointe du duvet automnal, la Montagne Suprême est infime ; si sa durée n’est pas plus longue que celle de l’enfant qui meurt à trois ans, Peng Zu a connu une vie bien brève. Si le ciel, la terre et le moi individuel croissent ensemble, les dix mille êtres et choses ne font qu’un avec le moi individuel. Étant donné qu’ils ne font plus qu’un, comment la parole réussit-elle à être ? Puisque cela est déjà propos se rapportant au un, comment ne pourrait-elle pas être ? Au un s’ajoute la parole pour donner le deux, et le deux s’augmente du un pour former le trois. En partant de là, les experts ès calendriers n’aboutissent à rien. Si eux n’aboutissent à rien, à plus forte raison les autres ! C’est pourquoi si l’on part de l’absence pour se diriger vers la présence et ainsi atteindre le trois, quel nombre effroyable obtiendra-t-on en partant de la présence pour accéder à la présence ! Ne pas s’engager plus avant, c’est se reposer sur ce qui vient à l’éclaircie, voilà tout.

2.5.4

Or, au commencement rien ne délimitait la Voie, rien ne déterminait la parole. Il y eut l’éclaircie et les limites, les déterminations apparurent tels les sentiers entre les champs. S’il vous plaît, parlons-en : ce sont gauche et droite, hiérarchie et justice, division et débat, rivalité et lutte ; on les appelle les huit influences. Lorsque le sage séjournait à l’extérieur des six orients, bien qu’il fût en vie, il ne prononçait aucune parole. Lorsqu’il vint à l’intérieur des six orients, bien qu’il discourût, il ne critiqua nullement. À l’époque des Printemps et des Automnes, au temps des Annales des premiers rois, s’il critiqua, il ne discuta nullement. C’est ainsi qu’à côté de ceux qui divisent se tient celui qui ne divise pas ; c’est ainsi qu’à côté de ceux qui discutent se tient celui qui ne discute pas. Comment est-ce possible ? se demande-t-on. Le sage conserve silencieusement en son cœur ce que la foule prend comme prétexte à chamailleries et ostentations. C’est pourquoi il est dit : Ceux qui discutent sont incapables de discerner autre chose qu’eux-mêmes.

2.5.5

Or, la Voie lorsqu’elle est grande est indicible, le discernement lorsqu’il est grand est sans paroles, l’attention réciproque lorsqu’elle est grande est sans bienveillance mutuelle, l’intégrité lorsqu’elle est grande est sans condescendance, le courage lorsqu’il est grand sans querelle. Aussitôt que la Voie est éclairée, elle n’est plus la Voie ; aussitôt que la parole se jette dans la discussion, elle manque son but ; aussitôt que l’attention réciproque devient habitude, elle perd son universalité ; aussitôt que l’intégrité prend le visage de la pureté, elle ne donne plus confiance ; aussitôt que le courage entreprend de se battre, il laisse de sa perfection. Celui qui ne les rejette pas, peu s’en faut qu’il ne soit sur le bon chemin.

2.5.6

C’est pourquoi celui-là est parfait qui sait s’arrêter où il n’en connaîtra pas davantage. Est-il quelqu’un qui connaisse la Voie indicible ? le discernement sans paroles ? S’il en est un qui a un tel pouvoir, il sera appelé le recueil du ciel. Celui-là, pareil au vase dans lequel on verse sans le remplir, dans lequel on puise sans l’épuiser, qui ignore sa provenance, celui-là sera nommé la splendeur cachée.

 

2.6

2.6.1

Ainsi jadis Yao qui questionnait Shun lui dit :

— Je désire de tout mon moi individuel frapper Zong, Kuai et Xu Ao. Je me tiens face au Sud, cependant il m’est impossible de propager mon feu intérieur. Pourquoi donc ?

— Pourtant, lui répondit Shun, ces trois fistons semblent avoir poussé au milieu de la vergerette et de l’armoise. Y a-t-il une raison pour que votre majesté n’arrive pas à propager son feu intérieur ? Autrefois dix soleils apparurent en même temps et les dix mille êtres et choses en furent tous irradiés, alors en comparaison quelle force a la vertu !

2.6.2

Nie Que qui interrogeait Wang Ni lui demanda :

— Le nouveau-né que vous êtes sait-il ce qui rassemble les êtres et les choses ?

— Comment mon moi universel le saurait-il ? lui répondit Wang Ni.

— Le nouveau-né que vous êtes sait-il ce qu’il ignore ?

— Comment mon moi universel le saurait-il ?

— Évidemment, il n’a aucune connaissance des êtres et des choses ?

— Comment mon moi universel le saurait-il ? Quoi qu’il en soit, je vais essayer d’en parler. Comment pourrais-je savoir si ce que mon moi universel appelle connaître diffère de ne pas connaître ? Comment pourrais-je savoir si ce que mon moi universel appelle ne pas connaître diffère de connaître ? D’ailleurs, mon moi universel va tenter de vous poser quelques questions.

Comment se fait-il que si les hommes se couchent dans la boue, ils attrapent mal aux reins au point d’être quasiment morts alors que le lépidosirène y entretient son feu intérieur ? Comment se fait-il que si les hommes séjournent dans les arbres, ils tremblent de tous leurs membres, anxieux, craintifs, effrayés alors que gibbons et semnopithèques y entretiennent leur feu intérieur ? De ces trois espèces, laquelle sait ce qu’est le juste séjour ? Les hommes consomment les bêtes nourries aux herbes et aux céréales, l’élan et le cerf sont herbivores, le scolopendre se régale de petits serpents, le grand duc et la corneille ont un faible pour les mulots. De ces quatre espèces, laquelle sait ce qu’est le juste goût ? Le gibbon, le semnopithèque et le macaque songent aux femelles, l’élan fréquente le cerf, le lépidosirène nage en compagnie du poisson ; Mao Qiang et Xi Shi étaient pour les humains les canons de la beauté féminine, or, dès que les poissons les apercevaient, ils plongeaient dans les profondeurs, dès que les oiseaux les voyaient, ils s’envolaient très haut, dès que les élans et les cerfs les repéraient, ils s’enfuyaient à toute vitesse. De ces quatre espèces, laquelle sait ce que sont les justes attraits de l’étendue sous le ciel ? Si c’est depuis mon moi individuel que je considère cela, la résidence où logent l’attention réciproque et la justice, la route que prennent l’exactitude et l’erreur offrent le spectacle de la confusion extrême ; comment mon moi universel aurait-il le pouvoir de connaître ce qui les distingue ?

— Si le nouveau-né que vous êtes, avança Nie Que, ignore ce qui est favorable et ce qui est nuisible, les parfaits finalement ne le sauront pas davantage !

— Mais, répliqua Wang Ni, les parfaits sont émanations ! Les grandes nuées flambent-elles, ils ne peuvent brûler ; le fleuve céleste gèle-t-il, ils ne peuvent transir ; la foudre soudaine fracture-t-elle les montagnes, ils ne peuvent être blessés ; le vent lève-t-il ses trombes sur la mer, ils ne peuvent prendre peur. Puisqu’ils sont tels, ils utilisent les nuages et les souffles comme chars, chevauchent le soleil et la lune et vaguent hors des quatre mers. Ni la mort ni la vie ne les altèrent, alors à plus forte raison la séparation du faste et du néfaste !

2.6.3

Qu Que Zi qui questionnait Chang Wu Zi lui rapporta :

— Le moi universel que je suis a entendu les maîtres dire tous : Le sage ne s’occupe en rien des affaires tout en s’y consacrant, il ne tire aucun profit de la faveur, ne s’éloigne pas du danger, ne se réjouit pas d’être recherché, ne fleurit pas le revers de sa robe avec la Voie. Quand il ne parle pas, c’est là qu’il parle ; quand il parle, c’est là qu’il ne parle pas ; et il voyage hors de ce monde de poussière. Maître Kong juge bien vagues de tels propos, en revanche le moi individuel que je suis estime que c’est là circuler sur la Voie subtile. Qu’est-ce que doit en penser en son moi universel le nouveau-né que vous êtes ?

— Manifestement, répondit Chang Wu Zi, ce sont là les propos qui jetèrent une lumière aveuglante sur Huang Di lorsqu’il les entendit. Qu’est-ce qu’il peut bien savoir là-dessus, Qiu ? D’ailleurs vous, toujours vous supputez avec trop de hâte. Dès que vous découvrez un œuf, vous courez déjà derrière le poulet ; dès que vous trouvez des carreaux d’arbalète, vous cherchez déjà où la palombe est en train de rôtir. Je vais essayer d’en toucher un mot à l’insensé que vous êtes, mais votre égarement vous permettra-t-il de l’entendre ?

Il s’agit de prendre appui sur le soleil et la lune, de s’en remettre à l’espace et au temps, d’être avec eux en parfaite harmonie, de les tenir comme embrassés tout en rejetant ce qu’il y a en eux de trouble et de confus ainsi que le vil et le noble en leur interdépendance. Si les hommes en masse se tuent à la peine, le sage en se vidant de toute connaissance devient la jeune pousse d’arbre qui participe des dix mille années, et il accomplit sa perfection dans la pureté de l’un. Les dix mille êtres et choses quand ils épuisent leur feu intérieur viennent chacun à leur tour au lieu même où il se tient caché.

Comment saurais-je si se réjouir de la vie diffère de l’égarement ? Comment saurais-je si le dégoût que l’on a de la mort n’a aucune similitude avec ce qu’éprouve le jeune enfant égaré qui ne connaît pas le chemin du retour ? Dame Li était la fille de l’officier qui gardait le site frontalier de Ai ; arrivée au royaume de Jin, elle commença par pleurer, et les deux pans antérieurs de sa robe en furent tout trempés ; mais lorsqu’elle eut rejoint le souverain dans sa chambre, qu’elle se fut en sa compagnie livrée aux secrets du lit, qu’elle eut goûté la chair des animaux domestiques nourris aux herbes et aux céréales, elle se repentit de ses larmes. Alors, comment saurais-je si une fois mort, je ne me repentirai pas d’avoir imploré au début mon retour à la vie !

Il en est qui festoient en songe et au matin pleurent à chaudes larmes. Il en est qui versent en songe toutes les larmes de leur corps et au matin s’en vont dans la campagne chasser. Celui qui est en train de rêver ignore s’il rêve. Celui qui est au cœur de son rêve occupe tout l’espace du rêve, et ce ne sera qu’une fois éveillé qu’il comprendra qu’il aura rêvé. Dès lors, ce ne sera qu’après le grand réveil que le ceci sera connu comme le grand songe. Qu’il est stupide celui qui se croit éveillé, qu’il se montre superficiel dans la connaissance du ceci ! Être roi, être sujet, ça c’est vraiment du solide ! Ne voyez-vous pas, Qiu et vous, que vous êtes en train de rêver, et moi qui vous le signifie, comme vous je rêve. Évidente est ma parole et on la dit extraordinaire, étrange. Dans dix mille générations un sage viendra qui sera grand, et il saura l’expliquer, et cela sera comme la rencontre du soir avec le matin !

2.6.4

Puisque mon moi individuel a livré contre vous une joute verbale, puisque vous êtes parvenu à le vaincre, lui qui n’a pas réussi à vous mettre en déroute, en définitive êtes-vous dans l’avéré, est-il dans l’erreur ? Si mon moi individuel vous avait vaincu, vous n’auriez pas triomphé de mon moi universel, et finalement mon moi individuel serait-il dans l’avéré, seriez-vous dans l’erreur ? Lequel est dans l’avéré, lequel dans l’erreur ? Êtes-vous ensemble dans l’avéré, ensemble dans l’erreur ? Mon moi individuel pas plus que vous, lorsque vous vous affrontez, ne pouvez le savoir. Alors l’homme est en proie aux ténèbres, et quel moi universel aura mission de rectifier ceci ? S’il vient à se réunir à vous, rectifiera-t-il ceci ? Puisqu’il s’est réuni à vous, comment son pouvoir aurait la force de rectifier ceci ! S’il vient à se réunir à mon moi individuel, rectifiera-t-il ceci ? Puisqu’il s’est réuni à mon moi individuel, comment son pouvoir aurait la force de rectifier ceci ! S’il s’écarte de mon moi individuel et de vous, rectifiera-t-il ceci ? Puisqu’il s’est écarté de mon moi individuel et de vous, comment son pouvoir aurait la force de rectifier ceci ! S’il vient à se réunir à mon moi individuel et à vous, rectifiera-t-il ceci ? Puisqu’il s’est réuni à mon moi individuel et à vous, comment son pouvoir aurait la force de rectifier ceci ! Si en ce cas ni mon moi individuel ni vous ni les autres hommes dans leur ensemble ne possédez la faculté de connaître ce qu’il en retourne des uns et des autres, faut-il attendre le cela ?

Les sons variant les uns par rapport aux autres, si jamais ils prenaient mutuellement leur autonomie, il serait nécessaire d’avoir recours au différentiel céleste pour les rendre à nouveau harmoniques ; grâce à celui-ci ils se propagent jusqu’à la fin des temps. Pourquoi l’appeler le différentiel céleste ? On prétend que l’évidence manque d’évidence et le surgissement de surgissement. Si l’évidence en définitive est évidente et qu’alors ce qui diffère de l’évidence n’est pas évident, il n’est nul besoin de discuter. Si le surgissement en définitive surgit et qu’alors ce qui diffère du surgissement ne surgit pas, il n’est aucune nécessité de se livrer à une joute verbale. Oublions les âges, oublions les distinctions ; que l’infini nous remue, ainsi il sera notre séjour.

2.6.5

Wang Liang, le démon, interrogeait son ombre :

— Il y a quelques instants, vous avanciez, maintenant vous vous arrêtez ; il y a quelques instants, vous étiez assise, à présent vous vous levez. Pourquoi n’avez-vous pas une manière d’évoluer indépendante ?

— Si mon moi universel a un tel comportement, n’est-ce pas parce qu’il en est ainsi ? Et si ce qui fait que mon moi universel se comporte de la sorte a également son propre comportement, n’est-ce pas parce qu’il en est ainsi ? La façon d’être du moi universel est celle du serpent qui progresse grâce aux écailles qu’il a sous le ventre, elle est celle de la cigale qui vole grâce à ses ailes. Comment parvenir à savoir pourquoi il en est ainsi ! Comment parvenir à savoir qu’il n’en est pas ainsi !

2.6.6

Jadis Zhuang Zhou rêva qu’il était un papillon, un papillon qui voletait de-ci de-là, et il se sentait tout joyeux, tout en accord ! Il ne se savait plus Zhou. Tout à coup il se réveilla et se retrouva étendu, il était soudain redevenu Zhou. Il ne savait pas si c’était Zhou qui avait rêvé qu’il était papillon ou si c’était le papillon qui rêvait qu’il était Zhou. Entre Zhou et le papillon il est nécessaire qu’il y ait une séparation. Ceci s’appelle la métamorphose des choses et des êtres.

<— Chapitre 1. Sommaire Chapitre 3. —>

 


REMARQUES SUR CERTAINS ÊTRES ET CERTAINES CHOSES CONFORMÉMENT À LEUR ORDRE D’APPARITION DANS LES TABLETTES INTÉRIEURES

Nan Guo Zi Qi. Comme il habitait la partie sud des faubourgs, on le surnomma Zi Qi du faubourg Sud. Guo désigne en fait le second rempart qui est bâti en dehors du premier appelé cheng, et enferme les faubourgs d’une ville. Le sud, voilà qui importe à l’auteur des Tablettes intérieures ; c’est pourquoi Zi Qi devient son porte-parole.

Yan Cheng Zi You. Disciple de Zi Qi. Yan Cheng est son nom de clan, Yan son nom personnel et Zi You son surnom.

Les Lettrés. Disciples de Zhong Ni. Zhong Ni est le surnom de Maître Kong ou Kong Fu Zi (transcription latine : Confucius), Qiu son nom personnel.

Mo Di. Ou Mo Zi. Figure essentielle de la pensée chinoise, il vécut durant la période des Royaumes combattants entre les années 480 et 400 A.C. Il professe l’amour universel et le retour à la simplicité primitive. Être bienfaisant pour le pays et pour le peuple, telle est la norme. Il recommande en outre de craindre le ciel et la déhiscence suprême car nul n’échappe aux émanations et encore moins au ciel. Cependant le ciel justicier s’attache plus spécialement à punir ou récompenser le fils du ciel, seul intermédiaire véritable qui a un pouvoir absolu sur les êtres et les choses. De la sorte, l’égalité entre tous débouche sur l’autocratie et le savoir d’un seul.

La porte des rectitudes. L’auteur des Tablettes intérieures joue avec le nom de Nan Guo Zi Qi. En effet, on trouve dans le Livre des odes à la section Da ya le poème Mian où il est dit :

Voici dressée la porte des faubourgs,
La porte des faubourgs, comme elle est élevée !
Voici dressée la porte des rectitudes,
La porte des rectitudes, combien nombreux sont les ordres qu’on y donne !

La porte des rectitudes est ici désignée par le terme ying dont la signification habituelle est tantôt s’adapter, être conforme, tantôt il faut, il est nécessaire. Traduire, comme on le fait, ying par s’appliquer ne convient pas ; car, que signifie que le pivot de la Voie s’applique sans cesse ? Traducteurs et commentateurs ne vont pas jusqu’au bout de l’image de la porte qui s’ouvre et se referme, montrant l’une et l’autre de ses faces. La Voie constitue l’axe, elle n’a pas à se conformer, c’est au contraire tout le reste qui doit se conformer à elle.

Xi Shi. Beauté célèbre au royaume de Yue durant la période des Printemps et des Automnes

Les singes et les châtaignes. L’histoire avec le temps a tourné à l’apologue. « Trois le matin » symboliserait la sottise des uns (les singes) et la ruse des autres (l’éleveur ou le sage). Tel est en tout cas l’éclairage que l’histoire reçoit du Livre sur la vérité du vide : « Le sheng-ren dupe, grâce à son intelligence, la foule des sots de la même façon que fit l’amateur de singes qui dupa ceux-ci. » (Trad. Benedykt Grynpas). En fait, la véritable sagesse consistant à suivre le flux universel, le sage se révèle tel quand il sait entendre et écouter. Les singes, eux, possèdent la connaissance des nombres en rapport avec l’écoulement des heures. Le sage en se conformant à leurs désirs montre qu’il se soumet au mouvement de l’univers. Il dépasse la prétendue sottise de leur exigence, va au-delà des mots (les noms) et des choses. C’est ainsi qu’il a le pouvoir de monter dans l’arbre du ciel.

Maître Zhao. Il excellait à jouer du luth. Son nom personnel est Wen.

Shi Kuang. Maître de musique — presque chef d’orchestre — à l’époque des Printemps et des Automnes.

Montagne suprême. L’un des cinq pics « sacrés » de la Chine. La montagne suprême est le pic oriental (Shandong), la montagne de la splendeur le pic occidental (Shaanxi), la montagne de la balance le pic méridional (Hunan), la montagne de la pérennité le pic septentrional (Hebei) et la montagne de l’altitude le pic central (Henan).

Zong, Kuai et Xu Ao. Trois noms de petits pays qui servent ici à désigner leurs princes. On les retrouve au chapitre L’ère humaine sous les appellations de Cong, Zhi et Xu Ao.

Qu Que Zi et Chang Wu Zi. Personnages fictifs. Le nom du premier pourrait signifier pie prudente, celui du second sterculier en croissance.

Huang Di. La déhiscence jaune, la couleur jaune se rapportant au centre et à la terre. Souverain qui aurait vécu entre les années 2697 et 2599 A.C., il est le patron des hommes de la Voie.

Wang Liang. Certains prétendent qu’il s’agit simplement de la pénombre. D’autres y reconnaissent le démon qui prend la forme d’un petit enfant de couleur brune, avec des yeux rouges et de longues oreilles. Il séjourne parmi les eaux et les montagnes, nous révèle le Shuowen jiezi.



happy   dans   ZhuangZi    Mardi 17 Mai 2005, 22:31

 



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