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190 Dans une Gare
Lafcadio Hearn

Source : Project Gutenberg
Traduction : Happy


Lafcadio Hearn (Koizumi Yakumo 小泉八雲)
(1850-1904)

KOKORO
Évocations et Échos de la Vie Intérieure Japonaise (1896)
(Hints and Echoes of Japanese Inner Life)

Dans une Gare
(At A Railway Station)

 

Septième jour du sixième mois ; —
vingt-sixième année de l’ère Meiji.

HIER, un télégramme provenant de Fukuoka a annoncé qu’un criminel aux abois avait été capturé et qu’il serait conduit aujourd’hui à Kumamoto pour y être jugé, par le train arrivant à midi. Un policier de Kumamoto s’était rendu à Fukuoka pour prendre en charge le prisonnier.

Il y a quatre ans, un dangereux voleur est entré de nuit dans une maison de la Rue des Lutteurs, a terrifié et ligoté les occupants, et emporté un certain nombre d’objets de valeur. Habilement pisté par la police, il avait été capturé dans les vingt-quatre heures, — avant même qu’il ne puisse écouler son butin. Mais alors qu’on le conduisait au poste de police, il rompit ses liens, arracha l’épée de son gardien, le tua, et s’échappa. On n’entendit plus parler de lui jusqu’à la semaine dernière.

Un détective de Kumamoto, qui était par hasard en visite à la prison de Fukuoka, a vu parmi les travailleurs un visage qu’il avait photographié dans son cerveau quatre ans auparavant. « Qui est cet homme ? » demanda-t-il au gardien. « Un voleur », fut la réponse, — « enregistré ici en tant que Kusabé. » Le policier s’approcha du prisonnier et lui dit : — 

« Kusabé n’est pas votre nom. Nomura Teïchi, vous êtes recherché à Kumamoto pour meurtre ». Le félon avoua tout.

 

Je suis allé en même temps qu’une grande foule de personnes assister à l’arrivée à la gare. Je m’attendais à entendre et à voir de la colère ; j’ai même craint une possible violence. L’officier assassiné avait été beaucoup aimé ; ses proches seraient certainement parmi les spectateurs ; et à Kumamoto, la foule n’est pas très douce. Je pensais aussi trouver de nombreux policiers en service. Mes prévisions étaient erronées.

Le train s’arrêta et ce fut la scène habituelle de précipitation et de bruit, — course et claquements des getas des passagers, — cri des garçons qui cherchaient à vendre des journaux japonais et de la limonade de Kumamoto. Nous avons attendu pendant près de cinq minutes derrière la barrière. Puis, poussé à travers le portillon par un sergent de police, le prisonnier apparut, — un grand homme d’aspect sauvage, la tête baissée, et les bras attachés derrière le dos. Le prisonnier et son gardien s’arrêtèrent ensemble devant le portillon ; et les gens s’agglutinèrent vers l’avant pour voir — mais en silence. Alors l’officier appela : — 

« Sugihara San ! Sugihara O-Kibi ! est-elle présente ? »

Une petite femme menue debout près de moi, portant un enfant sur son dos, lui répondit : « Hai ! » et s’avança à travers la foule. Il s’agissait de la veuve de l’homme assassiné, et l’enfant qu’elle portait était son fils. Sur un signe de main de l’officier la foule recula, de façon à laisser un espace libre autour du prisonnier et de son escorte. Dans cet espace la femme avec l’enfant se tint face au meurtrier. Le silence était de mort.

Ce n’est pas du tout à la femme, mais seulement à l’enfant, que le policier s’adressa. Il parla à voix basse, mais si clairement que je pus saisir chaque syllabe : — 

« Mon petit, c’est cet homme qui a tué ton père il y a quatre ans. Tu n’étais pas encore né, tu étais dans le ventre de ta mère. Si tu n’as pas de père qui t’aime maintenant, c’est le fait de cet homme. Regarde-le — [ici l’officier, mettant la main au menton du prisonnier, l’obligea fermement à lever les yeux] — regarde-le bien, petit garçon ! N’aie pas peur. C’est douloureux ; mais c’est ton devoir. Regarde-le ! »

Par dessus l’épaule de la mère le garçon regarda les yeux grand ouverts, comme de peur ; puis il se mit à sangloter ; puis vinrent les larmes ; mais constamment et docilement, il regardait toujours — regardait — regardait — droit dans le visage qui se dérobait.

La foule semblait avoir cessé de respirer.

J’ai vu les traits du prisonnier se déformer ; je l’ai vu tout à coup se jeter à terre et se mettre à genoux malgré ses fers, et frapper son visage dans la poussière, hurlant tout ce temps ses remords d’une voix éperdue et rauque qui fendait le cœur : — 

« Pardon ! pardon ! Pardonne-moi, petit ! Ce que j’ai fait — ce n’est pas par haine, mais parce que j’étais fou de peur, que je voulais m’évader. J’ai été très, très méchant ; je t’ai causé un tort immense, innommable ! Mais maintenant, pour mon crime, je vais mourir. Je veux mourir ; je suis heureux de mourir ! Aussi, Ô petit, aie pitié ! — pardonne-moi ! »

L’enfant continuait de pleurer en silence. L’agent releva le criminel qui chancelait ; la foule muette se rangea à gauche et à droite pour les laisser passer. Puis, tout à coup, la multitude entière tomba en sanglots. Et quand le gardien au visage bronzé passa, je vis ce que je n’avais jamais vu auparavant, — ce que peu d’hommes ont jamais vu, — ce que je ne verrai probablement jamais plus, — les larmes d’un policier japonais.

 

La foule reflua, et me laissa à mes réflexions sur l’étrange morale du spectacle. Ici la justice fut sans faille, mais compatissante, — en obligeant à reconnaître un crime par le témoignage pathétique de son plus simple résultat. Ici il y eut un remords désespéré, demandant seulement le pardon avant la mort. Et là, il y eut un ensemble de personnes — peut-être les plus dangereuses de l’Empire quand elles sont en colère — qui comprenaient tout, touchées par tout, satisfaites par la contrition et la honte, et emplies, non pas de colère, mais seulement de la grande douleur du crime, — par le simple biais de l’expérience profonde des difficultés de la vie et des faiblesses de la nature humaine.

 

Mais le fait le plus important de l’épisode, parce que le plus oriental, fut qu’on avait fait appel au repentir du criminel à travers son sens paternel, — cet amour potentiel des enfants qui est une part si vaste de l’âme de tous les Japonais.

 

Une histoire raconte que le plus célèbre de tous les voleurs japonais, Ishikawa Goëmon, entrant de nuit dans une maison pour tuer et voler, fut charmé par le sourire d’un enfant qui tendait ses mains vers lui, et qu’il resta à jouer avec la petite créature jusqu’à ce que toute chance de réaliser son objectif fût perdue.

Il n’est pas difficile de croire à cette histoire. Chaque année, les dossiers de police parlent de la compassion manifestée aux enfants par les criminels professionnels. Il y a quelques mois, une terrible affaire de meurtre a été rapportée dans les journaux locaux, — le massacre d’une famille par des voleurs. Sept personnes avaient été littéralement taillées en pièces pendant leur sommeil ; mais la police découvrit un petit garçon tout à fait sain et sauf, criant tout seul dans une mare de sang ; et ils ont trouvé la preuve irréfutable que les meurtriers avaient pris grand soin de ne pas blesser l’enfant.


happy   dans   Nippon    Vendredi 4 Septembre 2009, 07:29

 



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